la raison estropiée ...

Publié le par les marques du plaisir

En effet, la faculté de penser, chez l’homme, peut être extraordinairement endommagée. Cela vaut pour la raison des individus comme pour celle de classes et de peuples entiers. L’histoire de cette faculté de penser révèle de longues périodes de stérilité partielle ou totale, d’épouvantables exemples de régression ou de dépérissement. Le crétinisme, avec des moyens adaptés, peut être organisé sur une grande échelle. L’homme est capable à la rigueur d’apprendre que deux et deux font cinq, et non plus quatre. Le philosophe anglais Hobbes écrivait déjà au XVIIe siècle : « Si le théorème comme quoi la somme des angles d’un triangle est égale à deux droits s’avérait nuisible aux intérêts des hommes d’affaires, ceux-ci feraient immédiatement brûler tous les manuels de géométrie »
Il faut admettre que chaque peuple ne produit jamais une quantité de raison supérieure à ce qu’il peut utiliser (le cas échéant, le surplus ne serait pas reçu), mais qu’il en produit souvent moins. Si donc nous ne pouvons attribuer à la raison un emploi bien déterminé, une tâche bien précise, momentanément nécessaire au maintien de l’état de choses existant, nous ne saurions garantir qu’elle traverse sans dommage cette époque de persécution accentuée.

Quand je dis que la raison ne peut espérer s’en tirer que si elle est nécessaire au maintien de l’état de choses existant, je pèse soigneusement mes mots. J’ai de bons motifs pour ne pas dire qu’elle doit être nécessaire à la transformation de l’état de choses existant. A mon avis, le besoin de raison pour améliorer une situation fort mauvaise n’autorise pas pour autant à espérer la mise en ouvre de cette raison. Les mauvaises situations peuvent se prolonger incroyablement. Il vaut mieux dire : « Plus la situation s’aggrave, plus la production de raison diminue », qu’inversement : « Plus la situation s’aggrave, plus la raison produite augmente. »
Il est indéniable que la situation des pays fascistes est fort mauvaise. Le niveau de vie baisse, et ils ont tous besoin, sans exception, de la guerre pour se perpétuer. Mais il serait erroné d’en conclure qu’une faible quantité de raison suffit au maintien d’une si mauvaise situation. Au contraire, la somme de raison qu’il faut ici employer et constamment produire, sans jamais trop longtemps la limiter, n’est pas mince, bien qu’elle soit d’une nature à part.
Il s’agit pour ainsi dire d’une raison estropiée. Elle doit être réglable, prête à augmenter ou à diminuer plus ou moins automatiquement. Elle doit pouvoir courir vite et loin, et revenir au premier coup de sifflet. Elle doit savoir se siffler elle-même, sévir contre elle-même, se détruire elle-même.
Bertolt BRECHT Novembre 1937

Avertissement : Toute ressemblance avec des gens, lieux, peuples, etc. etc . ...

Gavin Friday and Gerry Fish : Kurt Weill and Bertold Brecht's "Moon of Alabama" 1992
chais pô qui sait ces deux zigs , je cherchais "september song" par Lou Reed ou "what keeps mankind alive" par Tom Waits .... j'ai pô trouvé ... sniff

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les marques 04/11/2006 17:40

c'est pas radical, c'est Zola, Germinal ... :o)))

Laflote 04/11/2006 17:29

Le moins que l'on puisse dire c'est que c'est RADICAL... !!!

eva_bien 04/11/2006 13:21

"Allumez lefeu au quatre coins des villes,fauchez les peuples, rasez tout, et quand il ne restera plus rien de ce monde pourri, peut-être en repoussera-t-il un meilleur........."

Laflote 04/11/2006 13:17

Il y aura toujours, je le crains, des counnards (et des counasses) pour prendre le pouvoir et en faire une grosse, vaste et horrible merde, mais il y aura aussi toujours des RÉSISTANTS... Ainsi va le monde depuis la nouite of the time...

les marques 04/11/2006 12:07

chais pô ... serons nous les empécher de recommencer ??? indéfiniment ...