Pourquoi nous avons la gueule de bois ....

Publié le par les marques du plaisir

Gueule de bois face à la langue de bois, aux ralliés - reniés , aux adeptes de la lutte de place, bien au chaud, dans un fauteuil d'assemblée financé par les magnats despotes barbares enfoirés de la grande distribution ... J'ai bossé, jeune étudiant, quelques semaines dans une entreprise du secteur, au temps de la giscardie triomphante ... tout y était, kapos peloteurs ou pire, syndicat maison, salaires de merde, etc ... c'était il plus de trente ans ... Rien n'a changé ... rien ... si, une chose, il y a 30 ans, on avait un salaire temps plein ... et des heures sup ... :
"Astride travaille au Carrefour d'Amiens. Dans son HLM, son repassage terminé, elle étale ses fiches de paie sur la table : « Net, 837 euros et 63 centimes.
– Pour un plein-temps ?
– Non, un 30 heures. C'était imposé d'office quand ils m'ont embauchée : pas 35 heures, 30 heures.
– Mais vous touchez une prime d'ancienneté ?
– Non, y a pas ça chez Carrefour. Le bonus après huit ans là-bas, c'est qu'on nous accorde un jour de congé supplémentaire. Pour Noël, à la place d'un colis, ils nous ont remis une boîte de chocolats
à 2,50 €.
– C'était votre treizième mois ?
– Oui. (Elle rit.) Ils abusaient, alors on s'est mis en grève, et la direction nous a octroyé un bon d'achat de 15 euros. Mais, sur la fiche de paie, ils ont déduit notre journée... »
Une fois son loyer payé, il lui reste 485 euros pour vivre avec son fils, Frédéric, son chien, Angie, son chat, Pepsi, et entretenir sa petite auto pour se rendre au boulot.

Prodige du capitalisme : cent, deux cents, cinq cents travailleurs pauvres sont rassemblés dans ces hypermarchés ; des millions d'euros coulent entre les doigts des « hôtesses de caisse », à qui l'on ne verse parfois même pas le Smic. Et pourtant, personne ou presque ne se révolte. Le « groupe » affiche « 1,6 milliard de bénéfice net » ; il lâche 38 millions d'indemnités à Daniel Bernard, son ancien pédégé, mais ne laisse à ses employés (on dit « collaborateurs », ou « équipiers », ou « associés ») que « 837 euros et 63 centimes » : aucune insurrection à l'horizon. Où donc loge le ressort quotidien de cette acceptation ?

Il y a la répression, bien sûr, avec ses caméras de surveillance, ses espions d'hypermarchés qui traquent et dénoncent les infractions microscopiques au règlement – et qui, au besoin, en inventent (1). Mais la terreur organisée par une milice de supérette ne représente que le sommet de l'iceberg. La résignation emprunte des canaux plus ordinaires.
Un détail, d'abord : au Carrefour d'Écully, dans la banlieue lyonnaise, vers midi, entre deux distributeurs – café et M&M's –, trois dames en blouse grignotaient leur sandwich sous cellophane à des tables séparées. Juste trois, à midi ? « Eh oui, avec leurs horaires élastiques, explique le délégué CGT, Mohamed Guendouze, elles arrivent à 8 h 30, à 9 heures, à 9 h 30, alors les caissières ne se connaissent même pas entre elles. »
Agnès confirme : « Les horaires, avant, c'était une équipe du matin et une autre de l'après-midi ; on avait les mêmes plages de travail, sept-huit heures d'affilée, on déjeunait ensemble. Maintenant, tout est chamboulé... » Maintenant, « l'équipe » est cassée. N'existe plus qu'un « temps de travail individualisé », segmenté. Un atout pour la « paix sociale » : les salariés ne se rencontrent plus, ne parlent même plus entre eux. Avantage subsidiaire, ces « horaires libres » – libres pour le patron – ont engendré des tensions en installant une concurrence entre les employées.
Astride : – Pourquoi c'est toujours la même qui va travailler le samedi matin ? Pourquoi j'ai deux ou trois heures de coupure ?
Agnès : – Ou comme moi : le chef m'a mise du matin et je termine à 19 heures. C'est une bataille permanente pour poser nos pions. On se querelle avec les animatrices de caisses parce qu'elles s'avantagent ; elles ont leurs têtes, leurs chouchous...
Astride : – Tout est fait pour semer la zizanie.
Et ça marche. L'emploi du temps hebdomadaire est devenu un enjeu de lutte. Un enjeu vital pour des mères de famille ou pour des célibataires avec enfants. Dès lors « l'ambiance », cette chose immatérielle, flottante comme l'air du temps et pourtant décisive, s'en trouve modifiée, « pourrie », « hypocrite » : « C'est devenu un nid de jalousies. »
Il a fallu des décisions politiques, des accords de branche et des syndicats conciliants pour que ce « libre choix » s'impose, à partir de 1984. Aucun scandale ici, pas de James Bond ni de filature. L'« individualisation » s'avère un outil de contrôle d'autant plus efficace qu'il est moins visible.
Cependant la fragmentation du collectif en particules concurrentes ne découle pas que des horaires...
Paul a servi deux années dans la grande distribution. Il a failli y « faire carrière ». D'entrée, un souvenir lui revient pour expliquer « l'absence de mobilisation » : « Déjà, le matin, ça commençait par une embrouille : on était quinze et le magasin ne possédait que douze tire-palettes. Donc c'était la course entre nous, on se regardait de travers, puis les trois malchanceux montaient voir le chef... »
Deux jours plus tard, il nous adresse ce courriel : « J'y ai repensé et je crois que, dans les rayons, c'est un travail très individualisant : chacun a son rayon (les chefs insistaient bien sur cette possession, sur cette responsabilité) et se démerde avec. Quand tu ramassais une palette, pas question d'aller filer un coup de main au voisin : tu avais ton taf, point ; tu le laissais se démerder avec le sien. Je me rappelle particulièrement de mon collègue du rayon d'en face, qui ne s'en sortait pas avec ses sauces et condiments (normal, dès que ça chute, ça casse) : on pensait plus à se foutre de lui, généralement, qu'à l'aider. » La solidarité minimale est, sinon interdite, du moins déconseillée.
Suite du message : « Le management aussi était vachement individualisant : on était toujours pris à part pour ce qui est de la mesure de nos performances ou de nos non-performances individuelles. C'était décrit comme ça par les chefs, et ressenti par moi aussi je crois, comme par des collègues. Comme ce jeune mec qui montait en grade et passait assistant chef de rayon : il chronométrait lui-même le temps qu'il mettait à vider ses palettes comme une performance à la fois sportive, physique, et organisationnelle. »
Difficile de recenser les trésors d'ingéniosité développés par le management (2) : les « challenges carte fidélité », « l'hôtesse du mois » avec sa photo, le comportement transformé en statistiques (pourcentage de Sbam +, « Sourires, Bonjour, Au revoir, Merci, plus “bonnes fêtes” »), « la MC attitude Carrefour » (du nom de son « défi » : « Mieux consommer »), des dizaines d'indicateurs chiffrés (« nombre d'articles saisis à la minute, le chiffre d'affaires à l'heure, les écarts de caisse ») dont dépend la « RI » (« rémunération individuelle »), les réunions mensuelles où « un chef de caisse nous présente le CA [chiffre d'affaires], les nouvelles du groupe, la politique du magasin. On doit recopier le CA sur notre fiche d'évaluation, consciencieusement, tu notes, l'air très intéressé », plus la propagande interne, la revue Positif ! , diffusée à foison.
Astride : – 2006 sera « l'année de la caissière », ils nous en ont informés. Ils nous ont remis une jolie pochette cartonnée, avec la petite fée Effi dessus. Il faut absolument qu'on fidélise le client, voilà l'objectif, il faut qu'on gagne des parts de marché.
Agnès : – On a même suivi une formation Effi-caisse... comme si en trente ans de boutique je ne savais pas comment remplir un chèque !
Se recrute enfin tout un personnel impersonnel, de « managers stagiaires » et de « managers métiers » pour relayer les consignes : « Ceux-là, c'est des jeunes, ils viennent du siège, ils tournent. Ils ne nous parlent même pas, ils sont calés derrière des écrans d'ordinateur et remplacent les anciens chefs de rayon, avec qui on causait, on s'entendait bien. »
Une « hôtesse de sécurité » discute avec un cégétiste ? Licenciée. Un cariste termine une bouteille de Yop entamée et bonne pour la benne ? Licencié. Un vigile sort avec une caissière ? Licencié. Qu'importent les motifs pourvu que règnent la peur qui sépare, la méfiance qui divise." ( lire la suite sur le PLAN B )
Rien n'a vraiment changé ? Si !!! il y a 30 ans, même le Parti Socialiste dénonçait les salauds du patronat de la grande distribution ... depuis, ils ont appris, via Urba et bien d'autres artifices, les bienfaits des aménagements de zones commerciales ...


Publié dans coup de sang

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bruno 21/11/2006 19:34

"La caissière", de Michel Waldberg aux Éditions de la Différence.Si on le trouve encore.

les marques 21/11/2006 17:36

bon courage :o)))

Dom des ménagÚres 21/11/2006 17:09

je dois passer les trois prochaines semaines chez Leclerc (pas en tant qu'employée, ouf) je pense que j'aurais sans aucun doute des trucs à rapporter, je vais ouvrir l'oeil.

les marques 20/11/2006 22:50

bah, c'est pas une enseigne plus que l'autre .... c'est un modèle de rapports sociaux qui est ignoble ...

céleste 20/11/2006 21:11

Carrefour!triste réalité, mon fils que j'ai déjà évoqué sur ces pages, y a travaillé.Il n'est vraiment pas difficile, il fait n'importe  quoi, du moment que ça lui rapporte de quoi voyager.A carrefour, il tenu 10 jours!Le pire,: humiliations, contôle des employés les uns par les autres, jalousie.Depuis, je boycotte (il y aussi un carrefour à Bologne)Plus personne ne s'en indigne, à part l'extrême gauche,et le PS s'en fout complétement